Ascendant cancer
Le cancer, rappelons-le, est une maladie de notre civilisation. Si, il
y a cinquante ans, tous pouvaient connaître quelqu’un qui avait fait la
guerre, aujourd’hui on connaît tous quelqu’un qui lutte ou qui a été
emporté par le cancer...
Cancer, l’épidémie
« Une personne sur trois recevra un diagnostic de cancer dans sa vie et l’on prévoit que, d’ici 2010, ce sera une personne sur deux », rappelle Marise Perrier, agente de développement régional pour la Société canadienne du cancer (SCC) à St-Jérome.
La SCC estime qu’il y aura 149 000 nouveaux cas de cancer au Canada cette année (tous types confondus) dont 37 400 uniquement au Québec. Sur le compte, on déplorera 69 500 décès, soit 3500 de plus qu’en 2004. Le cancer du poumon, le plus répandu, sera diagnostiqué chez 22 200 personnes cette année au Canada. Chez les hommes, le cancer de la prostate est le plus courant alors que c’est le cancer du sein qui prédomine chez les femmes.
Et comme si les statistiques n’étaient pas suffisamment sinistres, la SCC estime que le cancer, désormais la première cause de mortalité au Québec, entraînera la mort d’un Canadien sur quatre. Même si des efforts colossaux sont investis pour tenter de faire reculer cette maladie tragique, force est de constater que les bonnes nouvelles concernant le cancer ne pleuvent pas.
Maladie de civilisation
Lorsqu’on parle du cancer comme d’une « maladie de civilisation », cela signifie qu’elle est en grande partie causée par nos modes de vie. C’est un fait : la vague de cas de cancer que nous connaissons à l’heure actuelle n’est pas le fruit d’un malencontreux hasard. « 50 % des cancers pourraient être évitables », souligne Marise Perrier qui a personnellement vu sa mère succomber à un cancer du cerveau il y a trois ans.
Cancer et tabagisme
Ce n’est d’ailleurs une surprise pour personne : loin devant l’excès de poids et la sédentarité, le tabagisme est pointé du doigt comme étant LA première cause évitable du cancer. Le nombre de fumeurs a beau diminuer sensiblement chaque année, les dommages sont là. « Certaines personnes qui ont fumé pendant 20 ans et qui ont arrêté depuis 10 ans peuvent malgré tout développer un cancer » explique Mme Perrier. Par ailleurs, les avertissements sur les paquets de cigarettes le disent bien : « Vous n’êtes pas seul à fumer cette cigarette ». Les non-fumeurs qui sont exposés à la fumée secondaire ont un risque de développer un cancer du poumon de 2 % supérieur à celui des personnes non exposées.
En additionnant tous les coûts en santé de la cigarette, un économiste américain de l’université de Duke en Caroline du Nord, Frank Sloane, a récemment établi que le véritable coût (social) d’un paquet de cigarettes est de 40 $US. Un montant qui comprend les coûts en soins de santé, les coûts des journées de travail perdues, les coûts des morts prématurées et les coûts de la fumée secondaire. Autant de raisons qui devraient convaincre encore les fumeurs d’écraser…
Cancer et pollution
Il ne se passe pas une semaine sans que des études ou des chercheurs n’informent le public de la découverte d’un nouveau carcinogène. Tantôt, ce sont les ondes de nos téléphones portables qui seraient liés au cancer du cerveau. Tantôt, c’est une obscure substance chimique contenue dans nos produits d’usage courants qui s’avère avoir des vertus cancérigènes. Les sources du cancer semblent être partout. Serions-nous devenus paranoïaques?
Dans Ces maladies créées par l’homme, un livre-choc paru en 2004 chez Albin Michel, le médecin cancérologue français Dominique Belpomme soutient que « 80 % à 90 % des cancers sont causés par la dégradation de notre environnement ». D’abord, le rayonnement ultraviolet causé par la détérioration de la couche d’ozone serait responsable de bon nombre de cancers de la peau. Ensuite, l’air que nous respirons, de plus en plus chargé de particules toxiques provenant autant des automobiles que de nos produits nettoyants, serait une autre cause environnementale du cancer. Tout comme notre alimentation, qui nous fait bouffer des pesticides (déposés sur les fruits et légumes), du mercure (dans les poissons) ou des dioxines qui se logent dans le gras animal.
« Au cours des 50 dernières années, on a créé plus de 75 000 nouvelles substances chimiques. Ce qui veut donc dire que les substances qu’on a créées se ramassent dans nos corps et leur toxicité n’a jamais été évaluée. », explique Marc Geet Éthier, l’auteur du livre Zéro Toxique, un essai engagé paru ce printemps aux Éditions du Trécarré (voir autre texte). L’auteur s’est intéressé précisément aux conséquences sur la santé de la pollution causée par l’industrie chimique. Nous pataugeons actuellement dans une soupe chimique dont les effets réels sont plus ou moins bien compris… Le cancer en serait-il un des effets?
L’heure est à la prévention
Devant l’épidémie de cancer et la difficulté à trouver des traitements pour l’éradiquer, la Société canadienne du cancer octroie désormais 10 % de son budget à la prévention. « Nous sommes des leaders dans la lutte au tabagisme. Pendant l’année, nous abordons différents thèmes comme la nutrition, la prévention au soleil, la prévention du cancer du colon, etc. », précise Marise Perrier.
Or, déceler la présence de cellules cancéreuses avant qu’elles n’aient eu le temps de causer l’irréversible et une autre facette importante lorsqu’on parle de prévention. Pour ce faire, il est important de consulter régulièrement son médecin, ce qui n’est pas un comportement facile à inculquer, particulièrement chez les hommes. « Les hommes vont aller faire vérifier leur voiture en 27 points tous les six mois. Pourraient-ils faire la même chose pour eux-mêmes?, lance Marise Perrier. À partir de 50 ans, les hommes devraient se faire dresser un bilan de santé tous les ans. » Chez les femmes, une mammographie au moins tous les deux ans après 50 ans est aussi conseillée, alors que l’auto-examen régulier des seins chez les femmes de tous les âges est une excellente habitude à prendre pour déceler le cancer du sein avant qu’il ne soit trop tard.
Une meilleure prévention, jumelée aux découvertes médicales, saura-t-elle faire reculer ce mal terrible? « Il faut garder l’espoir qu’avec nos chercheurs, qui sont vraiment exceptionnels, on réussira un jour à trouver la solution et prolonger la vie des gens qui sont déjà atteints. Ça se fait actuellement : il y a des gens qui sont capables de survivre à plusieurs cancers. », souligne Jacqueline McDonald, présidente de la section Ste-Agathe-des-Monts de la Société canadienne du cancer.
-Texte original paru dans Accès-Laurentides du 3 juin 2005.
© Steve Proulx, 2005
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