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06/06/2005

Le côté obscur du cocooning

Sofa Partout, on parle du cocooning comme étant LA façon de vivre au troisième millénaire. Et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes... Vraiment?

 C'est tabou, le cocooning. Selon Luc Dupont, chargé de cours en publicité à l'Université Laval: "Je n'ai jamais rencontré personne qui m'a avoué faire du cocooning. C'est toujours l'affaire des autres... Le cocooning signifie qu'on ne voit plus ses amis et qu'on reste chez nous; c'est très négatif et très individualiste." L'auteur du populaire livre 1001 trucs publicitaires en a long à dire sur le cocooning et sur cet individualisme en béton armé qui est devenu la marque de commerce de notre époque.

Le cocooning blindé
Le populaire néologisme a été inventé par la futurologue Faith Popcorn. "Le cocooning consiste à s'entourer d'une coquille protectrice pour se prémunir contre un monde mesquin et imprévisible", écrit-elle dans son Rapport Popcorn, publié pour la première fois en 1981. Cette "coquille protectrice" prend la forme d'un cinéma maison, d'un système d'alarme, d'un la-z-boy, etc. Le 11 septembre, qui a le dos de plus en plus large, serait maintenant responsable d'une nouvelle tendance: le cocooning blindé. Désormais, la maison est le seul endroit où l'on peut se protéger contre le monde extérieur, toujours plus pourri. Parlant de monde pourri: l'individualisme n'a jamais été une bonne solution pour régler un problème collectif... Pour certains, le cocooning est la pire maladie de notre société, qui favorise l'isolement des individus. Selon les spécialistes du marketing par contre, le cocooning regroupe toutes les conditions favorables à la vente d'un produit.

Dans les médias, que ce soit à travers les trucs de Martha Stewart ou dans les Saisons de Chosebine, on présente habituellement le cocooning comme étant un mode de vie, un exutoire presque thérapeutique, un nirvana dans son sofa... On en veut à personne, mais émettons l'hypothèse suivante: le cocooning aurait-il eu autant d'impact si le buzzword n'avait trouvé d'écho que dans les oreilles des publicitaires? Ne l'oublions pas: Faith Popcorn ne s'est pas donné comme mission d'aider le monde à évoluer et à s'épanouir. Elle travaille avant tout pour le bénéfice de ses clients de Fortune 500 (voir à la fin de son Rapport). Personne ne remet en question la crédibilité du personnage. Le cocooning existe, c'est un fait. Mais à force d'en mousser les vertus sur la place publique, on oublie peut-être qu'il existait autre chose, avant... Genre des valeurs communautaires, tsé?

Recréer la vie communautaire
Pour Serge Mongeau, auteur du livre La Simplicité volontaire... plus que jamais: "Nous sommes des êtres essentiellement sociaux. Nous avons besoin de contacts avec les autres et d'avoir la sensation qu'on est important pour la société." Dans son livre, il met l'accent sur l'importance de la vie communautaire, comme l'entraide entre voisins, pour aider à diminuer notre consommation et briser cette foutue coquille. Par exemple, quelle est l'utilité de posséder individuellement une tondeuse à gazon alors qu'on s'en sert une heure par semaine? Des voisins à Longueuil pourraient s'acheter une tondeuse commune, une initiative qui dégélerait l'individualisme et freinerait la surconsommation: deux problèmes étroitement liés. Toujours selon Serge Mongeau: "Une augmentation de notre consommation de l'ordre de 2 % par année aurait besoin des ressources naturelles de 30 planètes en l'an 2050." Plus que jamais, notre style de vie nuit à notre santé et à notre épanouissement.

Chacun pour soi
Sans vouloir accuser le cocooning de tous les maux, on constate tout de même qu'il ressort de cet individualisme un aspect palpable de notre société: chacun se fabrique sa propre morale et forge ses propres valeurs. Selon Luc Dupont: "Il sera de plus en plus difficile d'arriver à ce que tout le monde chante la même chanson, en même temps. On ne regardera plus jamais dans la même direction. D'un autre côté, cela veut également dire que les grandes causes sont destinées à avoir beaucoup de problèmes dans le futur, que ce soit les causes humanitaires ou politiques, comme la souveraineté... C'est ce qui fait aussi que dans un party aujourd'hui, il y a quatre marques de bière sur la table alors qu'autrefois, tout le monde buvait de la Labatt 50, sans se poser de questions."

Dans les années 70, le slogan de Labatt 50 était: "On est 6 millions, faut se parler". "Des messages comme ça, ça ne passerait plus aujourd'hui", dit Luc Dupont. Dommage, parce que l'idée générale n'est pas mauvaise en soi...

-Texte original paru dans l'hebdomadaire Voir du 28 février 2002.

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