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24/08/2005

K - Grande faiseuse

K_finChroniqueuse télé, écommunicatrice et expérimentatrice d’idées âgée de 29 ans, elle se fait appeler « K », tout simplement. Et lorsqu’on la questionne sur l’origine de son nom pour le moins succinct, cette ex-Karine Lanoie-Brien répond tout de go qu’elle a mis ses lettres superflues à la récupération! Voilà qui en dit long sur cette jeune femme qui s’est donnée pour objectif de vivre chaque aspect de sa vie en adoptant une conscience environnementale. K, c’est la fille aux mille projets. En 2003, elle a initié la Journée sans vêtement tout neuf pour faire connaître à la population le vêtement récupéré. L’automne dernier, elle a contribué à bâtir une maison entièrement faite de matériaux récupérés, lors de l’émission Les artisans du rebut global (Télé-Québec). Cette année, elle était l’une des porte-voix pour le Jour de la Terre et, entre les projets qu’elle prépare actuellement, elle multiplie les conférences portant sur l’environnement, auprès des jeunes notamment. Portrait d’une grande faiseuse.

Avez-vous toujours eu une conscience environnementale?
Non. Et ce n’est pas venu parce que j’en avais entendu parler et donc parce que je voulais appliquer le code de la parfaite écologiste. Il est arrivé un moment dans ma vie où beaucoup de choses se sont écroulées autour de moi, tant sur le plan professionnel que dans mes relations amoureuses. Je me suis donc retrouvée dans un vide. C’est alors que je me suis rendu compte que je refusais d’être la personne que je suis vraiment, que je ne disais pas nécessairement ce que je ressentais de peur d’être confrontée, d’être vue comme une fille bizarre… J’ai donc trouvé des outils qui m’ont amené à être davantage moi-même. Entre autres, j’ai découvert une technique d’observation de soi qui m’a permis de découvrir que j’étais constamment dans ma tête, et rarement présente. Pendant deux ans, je me suis entraînée à être plus présente.

Avant de penser à l’environnement de la planète, vous avez pour ainsi dire pris en charge votre environnement personnel…
Exactement. En étant plus présente, forcément j’ai développé ma sensibilité, mon écoute. Avant, je ne vivais pas les choses, je les exécutais. En étant LÀ, je découvrais de nouvelles sensations dans mon corps, tant et si bien que je pouvais savoir, lorsque j’étais devant une personne ou une situation, si cela était sain ou malsain pour moi. Mon corps devenait un instrument. Ma vie a changé. Il y a des choses qui m’irritaient, physiquement parlant! J’ai donc dû modifier mes habitudes de consommation en commençant par adopter des produits de soins corporels naturels. Puis, je suis allée un cran plus loin en changeant mes vêtements, qui m’irritaient aussi. Je ne comprenais pas pourquoi, je ne faisais pourtant aucune allergie… C’est à ce moment que j’ai rencontré des designers de La Gaillarde (une boutique de vêtements récupérés dans le quartier Saint-Henri à Montréal). Au même moment, je recommençais à faire de la télé, alors j’ai voulu mener une expérience avec ces designers. Je leur ai confié tous les vêtements de ma garde-robe afin qu’ils les transforment et en fassent des vêtements récupérés. Tout ceci dans le but de démontrer à la population ce qu'un peu de créativité pouvait donner. On a pris des photos avant et après toutes ces transformations. Du coup, j’ai commencé à me vêtir uniquement de vêtements récupérés ou recyclés. Au début, à la télé surtout, je me faisais juger un peu, mais rapidement j’ai constaté que « cette » mode de vie vestimentaire suscitait un véritable intérêt.

Vous avez donc décidé de tenir, en 2003, la première Journée sans vêtement tout neuf…
Oui. C’était une occasion de rassembler différents artistes ou artisans qui travaillaient tous dans une même direction, mais dans des sphères d'activité différentes. Il y avait des designers, des massothérapeutes, des spécialistes du nettoyage écologique des vêtements. Il y avait aussi une exposition de photographies, un documentaire sur les impacts psychologiques de ce que l’on porte. Cette journée voulait sensibiliser les gens à l’urgence d’agir au niveau de notre responsabilisation par rapport au  vêtement. Environ 500 personnes y ont participé et j’en entends encore parler aujourd’hui! L’initiative s’est rendue jusqu’en France, même que l'UNEP (United Nations Environment Program) m'a téléphoné pour mentionner cette initiative dans leurs archives!

À l’automne 2004, vous avez aussi participé à l’émission Les artisans du rebut global (Télé-Québec). Parlez-nous un peu de cette expérience…

Ce fut le plus grand défi de ma vie jusqu’ici. Imaginez, cinq personnes (les artisans), qui ne se connaissent pas, qui n'ont jamais travaillé ensemble et qui, en treize semaines, doivent construire une maison à partir de matériaux récupérés uniquement, et avec un budget ne devant pas dépasser 15 000$. Nous devions tous aller dans la même direction, mais nous venions tous de chemins différents… Et en tant que femme, trouver ma place dans un milieu d’hommes et casser le premier réflexe de consommation n’était pas une chose simple. Mais cette maison-là est néanmoins devenue le symbole de la possibilité de construire quelque chose qui est vraiment dans l’esprit du développement durable, et ce, avec l’effort de la communauté.

Cette maison n’a-t-elle pas aussi fourni un bel exemple de la difficulté de réaliser des projets de développement durable?

Je vois cela davantage comme un défi. Il faut, dans une situation d’urgence, trouver des solutions rapides, tout en gardant des objectifs élevés d’intégration écologique. Dès que l’on freine son réflexe de consommation, on est stimulé à trouver des solutions originales et créatives. C’est ce qui fait que la maison est réellement vivante, qu’elle a un vécu unique, que chaque pièce a son anecdote. Ça, Réno Dépôt ne l’a pas…, encore!

Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans cette aventure?

Les appels à la collectivité. Une fois, on a demandé à la population de nous donner leurs vieux journaux pour faire l’isolation de la maison. Les gens avaient un tel désir de s’impliquer! Ils venaient de partout. On a vraiment pu voir à quel point la population avait envie de mettre la main à la pâte. La maison était devenue un point de rencontre…

Aujourd’hui, il vous arrive régulièrement de prononcer des conférences pour partager vos expériences. Qu’aimez-vous dans les conférences?
C’est de pouvoir partager les outils que j’utilise. Si je gardais pour moi toutes les expériences nourrissantes que j’ai vécues, je ne serais pas bien. J’ai besoin de partager avec le plus grand nombre de personnes possible. Je donne beaucoup de conférences dans les écoles et aux professeurs. Avec les jeunes, c’est drôlement important parce que ce sont eux qui, dans le fond, représentent la génération qui devra entrer dans l’action pour soigner les bobos qu’on laisse sur la planète aujourd’hui…

Selon vous, qu’est-ce que la conscientisation?
C’est d’avoir une vision plus élargie des choses, de la vie. Les voyages amènent beaucoup cela : prendre conscience d’autres façons de faire, d’être. Être conscientisé, c’est aussi être capable de remettre en question la façon même de mener sa vie, pouvoir changer ses habitudes. Le problème de la pollution est relié à nos habitudes de vie. Pour changer nos façons d’agir, il faut changer nos façons de voir les choses et être en mesure de choisir consciemment, de laisser tomber le surplus de confort afin de retourner à l’essentiel.

Votre propre conscientisation s’est faite après un choc survenu dans votre vie. Dans le même ordre d’idées, est-ce d’un choc violent que le monde a besoin pour changer?

Honnêtement, je ne le souhaite pas. Mais si on en a besoin d’un pour réaliser l’état actuel de notre planète, qu’il en soit ainsi. Dans le choc, on perd tous nos repères, alors forcément il faut changer. Nous sommes en ce moment dans une sorte de bulle qui nous pousse à acheter tel ou tel produit sinon, nous ne sommes rien aux yeux de la société. Si l’on prend la pyramide des besoins de Maslow, on constate qu’une fois que l’on a satisfait ses besoins de survie (manger, se vêtir, se loger, se reproduire), on devrait aspirer à la réalisation de soi. Ce qui arrive cependant, c’est que la société de consommation nous tient dans le bas de la pyramide en nous poussant à surconsommer la nourriture ou les vêtements, à nous acheter des maisons toujours plus grandes, etc. L’individu accepte de rester au bas de l’échelle et à sursatisfaire ses besoins primaires. Pendant ce temps, il met peu d’énergie à se réaliser en tant qu’individu. Cela nous déshumanise et nous fait perdre de vue ce qui est réellement nourrissant de l’expérience humaine.

Êtes-vous optimiste en l’avenir?
J’évolue dans un milieu où les gens sont dans l’action. Je sens que nous vivons en ce moment une situation d’urgence. Il y a une cloche qui vient de sonner et les gens se remettent de plus en plus en question et veulent changer. J’ignore si je suis optimiste, mais j’essaie d’être réaliste. Hubert Reeves prédit qu’il nous resterait, si l’on continuait au rythme actuel, que 100 ans à vivre. Je vois le côté pile et le côté face de la médaille. Il y a une possibilité que l’humanité ne soit plus, mais il y a aussi la possibilité de faire quelque chose pour qu’elle se poursuive différemment. Je sens d’ailleurs que le Québec a le potentiel de devenir un centre d’action écoconsciente, de devenir une région inspirante comme l’Europe ou l’Ouest américain le sont. Je sens que si les gens sont davantage eux-mêmes, on peut y arriver. Mais je sens aussi que ça va peut-être fesser très fort. Parce que nous sommes dans un extrême et que ça ne peut pas durer…

Commentaires

très belle entrevue ...j'ai hâte j'aller magaziner des vêtement récupéré !

Très content de pouvoir mieux connaître cette femme qui, en plus d'agir pour une amélioration générale, nous livre une partie de son cheminenment de vie... Poser son regard sur soi avant de le poser sur le reste, c'est-à-dire les autres et sur l'environnement. Merci à Steve Proulx et à K.

(Question : Je me demande si K a une adresse courriel pour lui envoyer un message.
J'aimerais bien qu'un genre de "Salon de la maison verte" voit le jour. Est-ce que ça existe déjà ? Est-ce qu'une chroniqueuse comme K serait intéressée de s'associer à un tel évenement? Merci de me répondre.)

Bonjour, moi aussi si possible j'aimerais obtenir les coordonnées de K pour une conférence dans une école. Merci!

Bonjour est-ce possible d'avoir l'adresse couriel de K... Merci d'avance
Dominic

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