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08/08/2005

Montréal, ville du monde

Chinois On n'est jamais plus dépaysé que chez soi. Montréal, cité cosmopolite aux mille accents, abonde de recoins exotiques que le globe-trotter paresseux prendra plaisir à découvrir.

L'espace d'une journée, j'ai revisité Montréal avec des yeux de touriste. Un nouvel état d'esprit. Une curiosité. Une ouverture à la découverte. C'est fou comme un simple changement de regard peut faire surgir du familier l'exotisme le plus sublime...

J'amorce mon périple boulevard Saint-Laurent. Incontournable zébrure qui balafre la ville dans son axe nord-sud, la Main laisse sur ses bords une faune bigarrée, témoin des multiples vagues d'immigration qu'a connues l'histoire de Montréal.

Première escale: le Quartier chinois. Passant sous la porte près de laquelle deux dragons blancs montent la garde, je flâne du côté de Wing-On (1057, boulevard Saint-Laurent), bazar éclectique où l'on semble pouvoir dénicher un échantillon de chaque produit made in China. Bouffe déshydratée à l'origine inconnue, bouddhas rigolant en porcelaine, woks immenses pour famille de 30.

De retour à l'extérieur, je trouve le café Idée magique (30, rue de la Gauchetière) et me laisse tenter par un bubble tea (saveur melon d'hiver). C'est juste avant de rencontrer ce pittoresque personnage, de la trempe de ceux qui croisent toujours la route de l'aventurier solitaire. Le vieux, un diseur de bonne aventure qui dit pratiquer son art depuis 52 ans, me réclame 20 $ pour une consultation. Je lui en offre cinq. Pour un billet bleu, l'ancien accepte de me parler d'amour. Il ouvre donc ma main et, en explorant ses minuscules replis, me livre ses prédictions dans un anglais aussi approximatif que peuvent l'être les biscuits chinois. Deux femmes occuperont ma vie, me dit-il. "You have to find the good one and love will be forever." Pris d'un élan de lyrisme, il dépasse les conditions de notre entente et se met à me parler de mon avenir en général. Selon lui, la chance me sourira vers l'âge de 31 ans. Je connaîtrai alors peut-être une carrière politique. En me faisant remarquer le "V" que forment deux lignes au bas de ma paume, il me regarde droit dans les yeux et m'annonce avec l'éclat du présage dans l'oeil: "V is for victory"...

Je quitte le Quartier chinois pour filer plus au nord. Toujours sur la Main. Pause-pipi au Portugal. Dans le coin de Duluth, il y a le Café central portugais (4051, rue Saint-Dominique). C'est l'endroit idéal pour trouver une encyclopédie vivante du monde du foot portugais.

Sans m'en rendre compte, mes pas me portent jusqu'à la rue Saint-Denis où la boutique Giraffe, sise au 3997, pique ma curiosité. L'Afrique, berceau de l'humanité, surprend toujours. Dans cette boutique d'importations, on trouve des masques tribaux, des étoffes, des bijoux, des sculptures en bois d'ébène, des ustensiles... Je m'intéresse particulièrement à cette sélection de valises et de paniers faits à partir de capsules et de canettes de boisson gazeuse. "C'est fascinant de voir tout ce que font les Africains avec du recyclé", me dit la vendeuse.

Après cet intermède, je retourne sur la Main pour visiter la boutique Turquoise Décor (4461, boulevard Saint-Laurent), véritable caverne d'Ali Baba gorgée d'articles rares et uniques provenant d'Asie et du Moyen-Orient. Le tenancier de l'endroit, Eric Azoulay, attire mon attention sur une sculpture représentant une déesse bouddhiste sortie de façon clandestine de la Birmanie. Une antiquité rare, selon lui, datant d'une centaine d'années et qu'on ne trouve nulle part ailleurs à Montréal.

Même si tout ceci est fascinant, j'ai tout de même un bus à attraper. Jogging jusqu'à l'avenue du Parc. Destination: la Grèce. À la hauteur de Saint-Viateur, je découvre le Petit Milos (5551, avenue du Parc), une épicerie fine de spécialités grecques. Dans cet écosystème de parfums méditerranéens, je me dis que l'amateur d'olives que je ne suis pas saliverait certainement devant l'offre ici présente.

Mon regard se pose plutôt sur quelques denrées provenant de la légendaire île de Chios, lieu de naissance du médecin Hippocrate. Elles sont toutes préparées à partir du mastic, une substance collante extraite d'un arbre qui ne pousse que sur cette île grecque. Je me laisse tenter par un petit pot de caramels, offert à un prix d'attrape-touriste.

Pendant que ma bouche visite Chios à bord d'un bonbon, je flâne sur Saint-Viateur. Le soleil se couchera bientôt. Pour le voyageur au long cours que je suis, il est temps d'aller retrouver ma belle pour lui emplir les yeux d'étincelles en lui relatant le récit épique de mon odyssée montréalaise.

Un jour, si elle s'avère être la femme dont m'a parlé le vieux Chinois, je l'emmènerai bourlinguer avec moi aux quatre coins de ce Montréal pluriel...

-Texte original paru dans l'hebdomadaire Voir du 28 juillet 2005.

 

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