La vérité qui guérit
Ils
m'ont dit: "Nous n'allons ni te battre ni même te menacer du regard.
Nous te tuerons méchamment en te violant."" Athanasie Mukarwego raconte
son drame sans rage. Avec courage.
Du 18 avril au 4 juillet 1994, cette mère rwandaise a été violée, devant ses enfants, par plus de 500 hommes. "Sur moi, constamment, je sentais l'odeur de la sueur, de la boisson, du sperme."
Janette a vu sa mère se faire trancher la gorge et couper les jambes. Pour échapper au même sort, elle s'est réfugiée dans les marais. Après la guerre, elle est devenue l'unique soutien de sa famille. À l'âge de 13 ans.
Il y a 12 ans, au Rwanda, un million de personnes étaient massacrées dans ce qui a été le génocide le plus rapide de l'histoire. Aujourd'hui, les femmes qui ont survécu à l'horreur rebâtissent le pays. "Paradoxalement, le génocide nous a aidées", dira Athanasie en parlant des Rwandaises.
Au lendemain de la guerre, certaines de ces survivantes ont adopté plusieurs dizaines d'orphelins. D'autres ont dû travailler pour remplacer les hommes disparus. Elles sont devenues maçonnes, mécaniciennes, députées. Désormais, on reconnaît la valeur des femmes au Rwanda. Et le courage de celles-ci nous réconcilie avec l'humanité.
En fait, et c'est horrible à constater, la tragédie rwandaise n'aura pas eu que des conséquences négatives.
Or, les rescapés de cet été de machettes n'oublieront jamais. Si leur devoir est de panser des blessures, il est aussi de sauvegarder la mémoire d'un drame. Lors de rassemblements, des gens parlent des horreurs qu'ils ont vécues, nomment leurs assassins, replongent sans cesse dans ces souvenirs douloureux. Car la vérité guérit. Plus que tout.
Mère Courage,
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