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20/04/2006

La bonne nouvelle Dow Chemical

BhopalTenez, dans une dépêche de l'AFP datée du 31 mars dernier, je suis tombé sur une bonne nouvelle. Le géant américain du produit chimique Dow Chemical aurait ouvert la porte à un éventuel nettoyage "humanitaire" du site de l'usine Union Carbide, à Bhopal. Une première.

Contexte. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une fuite accidentelle de gaz toxique provenant de l'usine de pesticides Union Carbide à Bhopal (Inde) tuait au moins 3000 personnes et des dizaines de milliers d'autres au cours des années suivantes. Une hécatombe.

Dow Chemical (devenu propriétaire d'Union Carbide en 2001) a toujours sorti la même cassette dans ce dossier: Dow n'a rien à voir avec cette catastrophe, c'est au gouvernement indien (redevenu propriétaire de l'usine) de nettoyer les dégâts.

Les survivants de Bhopal ne voient pas la chose du même oeil. Pour son documentaire Ceux qui n'en meurent pas laissent toute espérance, le réalisateur Robert Cornellier est allé rencontrer certains d'entre eux. À Bhopal, il a tourné des images de l'usine où, encore aujourd'hui, des centaines de sacs de pesticides portant la mention "Poison" moisissent et contaminent la nappe phréatique de la ville, empoisonnant les gens du coin. Depuis 22 ans, les victimes demandent qu'on nettoie le gâchis.

Loin de moi l'idée d'entrer dans le débat à savoir si Dow Chemical est, oui ou non, responsable de Bhopal. Une chose est sûre toutefois: Bhopal est une tache sur l'image de bon citoyen corporatif de la multinationale.

Surtout que Dow paie déjà cher pour son image. L'entreprise a récemment donné 9,4 millions $ à l'organisme américain Habitat for Humanity. Et l'an dernier, le géant a étendu 5 millions $ pour aider l'Asie du Sud-Est à se relever du tsunami.

Je ne suis pas un expert en image, mais j'ai comme la vague impression que ce serait payant pour Dow Chemical d'aller donner un coup de balai à Bhopal. Qu'elle soit responsable ou non de la catastrophe n'a aucune importance; je parle d'image, d'apparences. J'imagine tout de suite les grands titres des journaux: "22 ans après Bhopal, Dow Chemical passe l'éponge" ou encore "Bhopal: Dow fournit le savon". Une pub qui vaut de l'or.

Et qui plus est, ça aiderait ceux qui crèvent à Bhopal chaque année des suites de la tragédie.

Mais en attendant que cette dépêche de l'AFP se concrétise, il ne nous reste que la révolte. Et à ce sujet, je vous suggère le documentaire Ceux qui n'en meurent pas laissent toute espérance qui porte sur les survivants de Bhopal, mais aussi sur ceux de Tchernobyl et de la catastrophe de l'Exxon Valdez. À Télé-Québec, le lundi 24 avril, 21h.

© Steve Proulx | Article original publié dans l'hebdomadaire Voir, 20 avril 2006

Commentaires

Et si nos gouvernants n'étaient pas si souvent, trop souvent à la solde, à la remorque des "faiseurs d'emplois" nous n'en serions pas là. Ici on a qu'à penser à Magnolia à Asbestos...comment se fait-il qu'aucun journaliste n'investigue sur ce projet pourtant si prometteur, qui devait faire la fierté d'une région ? Cette expérience a coûté près d'un milliard de dollars, cette usine de transformation de déchets devait produire du magnésium pendant de nombreuses années...mais on s'est rendu compte que ce serait un dégat écologique que de persévérer. Lors des "shut down" on s'est rendu compte lors des nettoyages des systèmes que toute la tuyauterie corrodait...on s'arrachait les cheveux... Aux relations publiques, aux médias on a dit que c'était à cause des méchants Chinois si l'usine fermait ses portes. Où sont les journalistes d'enquête ? Beau sujet pour toi mon cher Steve...

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