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13/04/2006

L'agriculture qui tue

PaysansJ'ai du mal avec l'expression "agriculture conventionnelle". On s'en sert pour parler de l'agriculture industrialisée, enrichie aux OGM, aux pesticides chimiques, aux hormones de croissance. L'agriculture qui carbure à la spéculation sur les quotas, aux politiques productivistes, à la concurrence sur les marchés mondiaux. Une agriculture qui n'a rien à voir avec l'agriculture finalement.

Le problème, c'est qu'en lui apposant l'étiquette "conventionnelle", on donne à cette forme d'agriculture des allures de normalité. Conventionnel, cela signifie "conforme à la morale sociale". En deux mots, c'est gentil d'être conventionnel.

Appelons un chat un chat. Plutôt qu'agriculture conventionnelle, je propose une appellation, à mon sens, plus fidèle à la réalité: agriculture qui tue.

C'est moins jovial, j'en conviens. Mais c'est tout de même ce qu'elle fait. La méga-agriculture industrialo-intégrée tue l'équilibre des écosystèmes, tue la fertilité des terres agricoles. Elle tue parfois même des gens (souvenons-nous de Walkerton et de la vache folle).

Cette agriculture tue aussi les paysans. Ces rustiques hurluberlus qui, pendant des millénaires, ont compris qu'on n'exploite pas la terre, mais qu'on s'en fait une alliée. Ces pittoresques campagnards qui ont pigé il y a belle lurette que cette terre avait ses limites, ses susceptibilités.

Dans son documentaire Pas de pays sans paysans, la réalisatrice Ève Lamont est allée à la rencontre de ces trop rares paysans qui refusent l'agriculture qui tue. Ils ont contourné les règles établies. Et malgré les difficultés du système en place, malgré ces multinationales qui leur mettent sans cesse des bâtons dans les roues, ils se sont mis au bio. Par principe, mais aussi par simple logique.

Les témoignages de ces paysans du Québec, de la France, du Vermont et de l'Ouest canadien nous réconcilient avec le concept même de l'agriculture: une précieuse collaboration entre l'homme et la nature.

Grâce aux combats que mènent actuellement ces cultivateurs, on cessera peut-être de considérer l'agriculture biologique comme une bibitte en marge de l'autre agriculture. Celle qui tue.

Un jour, peut-être même donnera-t-on à l'agriculture biologique le titre qui lui revient vraiment: agriculture conventionnelle.

Pas de pays sans paysans, à Télé-Québec, le jeudi 13 avril 2006,  21 h

© Article original paru dans l'hebdomadaire Voir, 13 avril 2006.

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