Dixit Jacques Languirand
Soixante-quinze ans, dont 35 derrière le micro de Par 4 chemins, cette émission «trippative» qu'il anime les dimanches soirs sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.
Au cours de sa vie, Jacques Languirand a écrit pour le théâtre et mélangé l'art et la technologie. L'artiste s'est ensuite tourné vers l'ésotérisme, a porté la djellaba et s'est inspiré d'idées avant-gardistes et alternatives. Aujourd'hui, il carbure à la recherche spirituelle et embrasse la cause environnementale. Mais il est toujours ce communicateur passionné, aux sourcils comme des antennes et au rire tonitruant. Mercredi, ses proches lui rendaient hommage lors du lancement d'un grand documentaire radiophonique portant sur sa vie et son oeuvre. J'en a profité pour solliciter l'avis du vieux sage sur quelques grands sujets...
Q : Que pensez-vous de l'état actuel de l'humanité?
R
: Le niveau de conscience dans la population s'est élevé. Il n'y a
aucun doute là-dessus. Or, étant donné tout le savoir que nous
possédons, et toutes les réalisations qui seraient possibles si l'on
appliquait ce savoir à de bonnes fins, je pense que l'humanité n'a pas
évolué sur le plan des valeurs profondes (la fraternité, l'altruisme,
etc.). Par exemple, je déplore ces guerres larvées entre les religions.
On n'en sort plus. C'est déplorable. En ce moment, l'humanité a bien
besoin d'un coup de sagesse.
Q : Quelle est votre vision du monde de demain?
R
: Je prêche beaucoup pour que le monde change et s'adapte aux nouvelles
réalités. Par exemple, qu'on ne soit plus aussi dépendant du pétrole
qu'à l'heure actuelle. Dans le futur, la société aura à traverser
plusieurs malheurs (l'absence de pétrole pour n'en nommer qu'un seul).
Mais je pense qu'en bout de ligne, cela nous mènera à une redéfinition
complète de nos valeurs.
Q : Quelle est votre opinion des partis politiques?
R : Je suis contre tous les partis politiques. Jacques Lazure, auteur de l'essai Abolir les partis politiques,
m'y a converti récemment. Je pense qu'il faut trouver une façon d'élire
des gens sur la base de leur personnalité, et non pas parce qu'ils
appartiennent à un parti qui aspire au pouvoir avant de souhaiter le
bien commun. Dans un système qui abolirait les partis politiques, les
ministres seraient nommés selon leurs compétences dans des domaines
donnés. Un gouvernement sans partis politiques nous aiderait à
respecter la démocratie bien mieux que présentement. Nous en sommes
rendus à un point où il faut vraiment réexaminer la façon dont on pense
la démocratie.
Q : Que pensez-vous des vieux?
R :
Je trouve qu'ils sont trop marginaux. Ils sont un peu trop bourgeois,
et pas suffisamment inscrits dans la société. On dirait qu'une bonne
partie des gens, du moment où ils sont à la retraite, se désengagent du
social. C'est malheureux.
Q : Et les jeunes?
R :
Je les trouve un peu mal pris. Les jeunes arrivent à un moment où
beaucoup de structures que leurs prédécesseurs ont bâties sont remises
en question. Les toits des universités coulent, les fonds manquent, les
valeurs sont en train d'évoluer vers une forme de capitalisme qui me
trouble beaucoup. Il y a longtemps, quand je suis revenu d'Europe,
j'avais le choix entre aller travailler à La Patrie, à l'Office
national du film ou à Radio-Canada. Tout était possible. Maintenant,
pour les jeunes, tout est difficile. De plus, on ne les aide pas assez.
Q : Et que pensez-vous de Jacques Languirand?
R
: Le véritable Jacques Languirand est caché quelque part sous son
personnage. Ce vrai Jacques Languirand est encore un petit enfant dont
la mère est morte quand il avait deux ans et demi, et qui cherche
encore sa place dans le monde.
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Les 4 chemins de Jacques Languirand, un documentaire radiophonique, sera diffusé à la Première chaîne de Radio-Canada, demain de midi à 14 h.

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