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04/05/2006

Vide banlieue

Beautes Si j'étais scénariste et que je voulais écrire une série sur une bande de tordus, d'hypocrites, de pervers et de pathétiques, il n'y a qu'un endroit où je camperais l'action: en banlieue.

La banlieue, c'est le freak show moderne. Un endroit sombre où se trament les histoires les plus scabreuses. Que se passe-t-il vraiment derrière les portes closes de ces bungalows bien rangés? À quel genre d'activités s'adonne-t-on dans ces lugubres sous-sols finis? Y a-t-il des cadavres dans le cabanon?

La culture populaire a fait de la banlieue le théâtre de tous les tabous. Au cinéma comme à la télé, les banlieusards sont tantôt des voyeurs, tantôt des jaloux ou des cocus, tantôt des dingos sur le Prozac.

Prenez le dernier film de Robert Morin, Que Dieu bénisse l'Amérique. Un tueur en série assassine des prédateurs sexuels dans une banlieue proprette. Jovial, non? Et dans le film American Beauty, un banlieusard d'une banalité à mourir vire sur le capot après être tombé amoureux fou de sa jeune voisine.

À la télé aussi, la banlieue est le décor idéal des travers humains. Cet hiver, dans la trop coûteuse série Vice caché (TVA), on s'est frotté à une galerie de personnages à deux faces, où chacun camouflait aux autres ses faiblesses. Un monde où le bonheur, la réussite et l'amour sont des images à projeter plus que des idéaux à atteindre.

Séries+ vient d'ajouter à sa grille la série britannique Meurtre en banlieue. Des meurtriers rôdent dans une banlieue aux haies parfaitement taillées... On en est quitte pour un thriller policier!

Mais dans le genre "banlieue sinistre", la palme revient à la série américaine Desperate Housewives, dont la deuxième saison est diffusée cet été à Radio-Canada. C'est la banlieue à travers les vies superficielles d'un groupe de reines du foyer. Que font-elles de leurs journées lorsque Monsieur est au boulot? Elles manigancent, complotent et fricotent avec le jardinier. Mon personnage favori est Bree (la rousse), une sorte de Martha Stewart à la puissance 1000. Si horriblement parfaite qu'elle fait trembler.

Mais diable, qu'a fait la banlieue pour hériter d'une si monstrueuse image? Dans l'imaginaire collectif, la banlieue incarne la poursuite de la perfection futile. Celle qui se manifeste par un gazon tondu en diagonale et un pavé uni immaculé. Dire que dans la culture japonaise, un jardin zen entretenu avec soin attire le respect. Ici, c'est le contraire. Pourquoi?

Peut-être parce que le banlieusard, avec ses bermudas et sa petite routine prévisible, représente l'apothéose du conformisme? Or, dans notre société où tout le monde se dit un peu rebelle, le conformisme est la pire des tares. L'incarnation du Mal, rien de moins.

Beautés désespérées, à Radio-Canada, le mardi, 20 h
Meurtre en banlieue, à Séries+, le jeudi, 20 h
Vice caché, gratuit sur Illico sur demande

Texte original paru dans l'hebdomadaire Voir, 4 mai 2006
© Steve Proulx 2006

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