Les périls de la migration
Non,
la nouvelle qui a secoué le petit monde de la radio, c'est le départ de
Marie-France Bazzo de la Première Chaîne de Radio-Canada. Et donc la
mort du magazine qu'elle animait depuis 11 ans, Indicatif présent.
L'événement radiophonique de l'année n'est pas l'arrivée de Patrice L'Écuyer comme morning man à Rythme FM. À moins d'être Patrice L'Écuyer, bien entendu. Et encore...
Dans notre paysage médiatique, Indicatif présent
avait une recette unique: un savant mélange de contenu à haute teneur
en oméga-3 et de moments de pur délire. Lors d'une même émission, on
pouvait se farcir une entrevue philosophique avec Gilles Lipovetsky sur
la société d'hyperconsommation, puis enchaîner avec un débat enflammé
sur les portes-patio... Cette recette, Marie-France Bazzo la maîtrisait
à merveille. Sauf que l'incomparable Mademoiselle B. a quitté la
radio, entraînant avec elle la moitié de son équipe. Sa nouvelle
adresse: Télé-Québec, où elle animera cet automne une quotidienne, Bazzo.tv. Une heure chaque midi, avec reprise en fin de soirée. Si je me fie à un sondage hautement scientifique réalisé auprès de mes collègues au Voir, vous n'êtes pas très chauds à l'idée de retrouver Marie-France Bazzo à la télé. Résistance au changement? Possible. Mais il y a plus. C'est surtout le contenu, l'approche et la fraîcheur d'Indicatif présent que le public aimait. Marie-France Bazzo aura beau migrer de la radio à la télévision, l'univers d'Indicatif présent ne suivra pas. Car toute migration amène son lot de périls. La
télévision est soumise à la dictature de l'image. Forcément, cela
colore jusqu'au choix des sujets. À la radio, le philosophe Gilles
Lipovetsky peut bien développer ses théories pendant 15 minutes. À la
télé, il ne survivrait pas longtemps à la dure loi de la zappette. La
télévision montre, illustre. Elle évoque plus qu'elle n'explique.
D'autre part, la télé retient toute l'attention et refuse qu'on la
trompe avec d'autres activités. Du coup, le téléspectateur qui stoppe
tout pour se soumettre aux exigences de la boîte à grimaces est en
droit de s'attendre à autre chose que de la monotonie. Il veut voir,
voyager, découvrir. Il veut que ça bouge. À la radio, en
revanche, l'image n'a pas droit de cité; les mots, oui. S'étendre en
palabres est toujours convenable. Et pelleter des nuages est encore vu
comme un moyen efficace de percer le brouillard. Voilà pourquoi Indicatif présent
prenait tout son sens à la radio. Sa disparition laissera un vide qui,
malgré toutes les bonnes volontés, ne pourra pas être comblé par Bazzo.tv. Cet
été, à la Première Chaîne, en attendant que Christiane Charette
s'installe dans la case horaire de Marie-France Bazzo, c'est Patrick
Masbourian qui se chargera de la transition. Son émission porte un
titre de circonstance: Pour la suite des choses. "Je vais faire
le pont entre deux grandes dames de la radio, a dit Masbou au lancement
de la saison estivale de la Première Chaîne. L'émission s'inscrit dans
la continuité de ce qu'a fait Marie-France, mais mettra tranquillement
la table pour ce que Christiane veut faire. Soit davantage de culture."
La dernière d'Indicatif présent, à la Première Chaîne, le vendredi 24 juin de 9 h à 11 h 30. Et la première de Pour la suite des choses, le lundi 26 juin, même heure, même poste! -Texte original publié dans l'hebdomadaire Voir, 22 juin 2006

Quelle tristesse!
En effet, je suivais MFB depuis 7 ans tous les jours. Dès que je ratais une émission, je m'empressais d'aller l'écouter sur internet et plus récemment sur mon I-pod. J'essayerai de la suivre à la télé, ce qui sera difficile, mais cela ne sera plus jamais pareil. Mais elle a dit que ses émissions seraient disponibles en balado. J'aimerais bien les écouter où je veux. Je la sais capable de nous surprendre.
J'aime bien la culture, mais je ne voudrais pas qu'il y ait un déséquilibre avec Christiane Charette. J'ai bien peur que oui. Je ne veux pas qu'entendre parler d'artistes. J'aime aussi la philo, la socio, la politique, les frivolités, les voyages, l'anthtropo... Enfin laissons lui une chance.
En attendant on profite de la belle voix de Patrick Masbourian que j'aimerais entendre rire plus souvent. Mais ça ne doit pas être facile de mettre d'aussi grandes chaussures tout en étant détendu.
Rédigé par: sandra doyon | le 29/06/2006 à 08:45
Je vais peut-être un peu plate. J'adore Patrick Masbourian en temps normal, c'est à dire à la télévision. Je trouve qu'il a une très belle voix radiophonique, mais, je trouve que son émission du matin est "moyenne". Un peu plate même parfois. Mais c'est normal, il faut laisser la chance au coureur, c'est une nouvelle émission, peut-être que dans trois semaines ça sera génial, qui sait!
Rédigé par: Eliegen | le 12/07/2006 à 23:55