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24/07/2006

Hors de l'empire, point de salut

Staracademie En 2000, on a redessiné la carte des médias québécois.

D'abord, le groupe de Conrad Black, Hollinger, cédait trois quotidiens (dont Le Soleil) à Gesca (filiale de Power Corporation, déjà proprio de quatre quotidiens, dont La Presse). Et dire qu'en 1973, le premier ministre Robert Bourassa, craignant une trop grande concentration de la presse, s'était personnellement opposé à la vente du quotidien de la vieille capitale à Power. En 2000, les temps avaient visiblement changé.

C'est en 2000 aussi que la Caisse de dépôt et placement du Québec donnait un coup de pouce de 3,2 milliards à Quebecor Média afin de lui permettre d'avaler Vidéotron/TVA. Une transaction qui confiait à l'empire Péladeau les rênes d'un pachyderme médiatique. Aujourd'hui, Quebecor Média est une bête tentaculaire qui règne sur des quotidiens (Le journal de Montréal), des chaînes télé (TVA, LCN), un câblodistributeur, des sites Web, des magazines, des maisons d'édition. Et j'en passe...

En 2000, la concentration des médias atteignait au Québec des sommets historiques. Mathématiquement parlant, cette valse de fusions/acquisitions ne pourra pas continuer longtemps sans qu'on ressorte le spectre orwellien d'une presse contrôlée par Big Brother...

J'exagère, mais dans l'univers de la presse quotidienne, la situation est extrême. Imaginez: en 1981,Gesca et Quebecor accaparaient 63 % du tirage total des journaux québécois, selon l'Audit Bureau of Circulations; 20 ans plus tard, les deux géants se partagent près de 83 % du tirage total, laissant un insultant 3 % au seul quotidien francophone indépendant du Québec, Le Devoir. Le reste va aux quotidiens de langue anglaise.

Que l'on trouve de moins en moins de gens aux commandes d'un nombre de plus en plus grand de médias a de quoi inquiéter. Et ça inquiète, d'ailleurs. Dans un rapport récent sur l'état des médias canadiens, le "Comité sénatorial permanent des transports et des communications" juge la concentration des médias si élevée dans certains coins du pays qu'elle pourrait être "néfaste" pour l'intérêt public. Ah oui?

Six ans après les conglomérations de 2000, la concentration des médias a-t-elle menacé l'intérêt public? Il faut l'admettre, jusqu'ici la propriété mixte a surtout profité aux académiciens de la blonde du patron de Quebecor Média... Pour le reste, somme toute, l'information circule encore librement.

Ce qui m'inquiète n'est pas tellement le contrôle de l'information par quelques grands groupes, mais plutôt la saturation du paysage médiatique, qui rend quasiment impossible l'émergence de nouvelles voix. Qui, aujourd'hui, est assez fou pour lancer un nouveau quotidien au Québec? Combien d'entrepreneurs ont les reins suffisamment solides pour créer de nouveaux magazines? Quelle place reste-t-il aux médias indépendants? Hors de l'empire, point de salut.

Les conglomérats ne sont pas à blâmer. Les vrais coupables, ce sont les gouvernements qui les ont laissés prendre du poids sans lever le petit doigt. Le comité sénatorial responsable du rapport susmentionné en fait d'ailleurs état: les autorités canadiennes font preuve de laxisme lorsque vient le temps de réglementer la concentration de la presse. Pourtant, plusieurs pays se sont dotés de lois pour limiter les visées des magnats boulimiques.

Parce que nos élus ne font pas grand-chose en matière de concentration, nous voilà pris avec une tarte médiatique dominée par une poignée de colosses, qui ne laissent que des miettes aux plus petits. Tout l'espace est occupé par des éléphants qui, contrairement à la croyance populaire, n'ont jamais vraiment eu peur des souris...

-Article original paru dans l'hebdomadaire Voir, 13 juillet 2006

Commentaires

excellent article...je prépare un article sur la Presse canadienne et la couverture du Conflit libanais sur le Blog Cent Papiers et mon popre blog.

Je pense que vous devriez être rédacteur à Cent Papiers si ce n'est déjà fait!

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