À soir, on fait peur au monde
Nous sommes à l'ère des psychoses.
Peur de se faire
attaquer, cambrioler, violer, frauder, tuer. Peur de la grippe aviaire,
peur du clostridium difficile, du cancer, des pesticides sur les
fruits, des accidents de la route, du terrorisme.
Chaque peur a son appellation. Connaissez-vous la korriganophobie? C'est la peur des lutins. Et la kéraunothnetophobie? C'est la peur de la chute des satellites. Et la pantophobie? C'est la peur de tout.
Or, avoir peur de tout, c'est avoir peur de n'importe quoi.
C'est
au Québec que le taux d'homicides est le moins élevé parmi les
provinces canadiennes. Pourtant, c'est aussi au Québec que les citoyens
sont les plus inquiets. Les gangs de rue vous foutent la chiasse?
Sachez pourtant que ce sont les quartiers de l'Est et du Centre de
Montréal qui détiennent les records de criminalité. Des quartiers où
sont pourtant concentrés une majorité de "bons Canayens-français ". La
semaine dernière, l'alerte AMBER a fait réapparaître sur l'écran radar
cette peur de voir ses enfants se faire kidnapper. Or, sur les 8000
enfants portés disparus au Québec chaque année, 75 % sont des fugueurs.
Les autres sont pour la plupart des enfants enlevés par leurs propres
parents. En bout de ligne, un infime pourcentage d'enfants est enlevé
par de purs inconnus. Le phénomène est rarissime. L'automne
dernier, la tuerie de Dawson a réactivé cette peur de voir ses jeunes
se faire tirer à bout portant à l'école. Pourtant, aux États-Unis, depuis le
début des années 90, le nombre de crimes violents envers les
adolescents a diminué de moitié, selon le National School Safety Center. Pourquoi
toutes ces peurs prennent-t-elles une place disproportionnée? Les
médias, qui carburent aux faits divers sanglants et aux catastrophes
spectaculaires, y sont pour quelque chose. "Bonnes nouvelles, pas de
nouvelle", selon le dicton. Au cours de la semaine suivant les
attaques du 11 septembre 2001, un sondage du Pew Research Center a
conclu que 63 % des 1200 Américains sondés étaient "incapables de
s'empêcher de regarder les nouvelles" traitant des attaques. Et 46 %
ont admis avoir lu les journaux plus attentivement que d'ordinaire. Ce
sondage confirme ce que les médias savent depuis longtemps. La peur est
une marchandise payante. Les périls de toutes les couleurs sont des
produits qui attirent l'attention, qui saisissent le public. Ainsi, la peur se cache même dans nos meilleures émissions. Dimanche dernier, à Découverte,
un reportage: "Comment survivre à un accident d'avion?". Et Charles
Tisseyre de narrer: "Avant le décollage, il faut envisager
l'impensable. Planifier dans le détail ce qu'on ferait s'il y avait une
évacuation d'urgence." Le reportage aborde des questions utiles telles
que: "Où doit-on s'asseoir pour survivre à un écrasement d'avion?"
Réponse: il n'y a pas de meilleur siège. Bien entendu, la très vaste
majorité d'entre nous n'aura jamais à vivre un écrasement d'avion, mais
c'est toujours bon à savoir... Jeter la pierre uniquement aux médias est cependant trop facile. Selon un documentaire présenté à Zone libre
cette semaine, ces peurs qui nous habitent relèveraient aussi d'un
contexte social particulier. En effet, depuis l'abandon des valeurs
religieuses au Québec, la population ne se rassemble plus sur le perron
de l'Église chaque dimanche. Il y a plus d'isolement. Les familles sont
aussi moins nombreuses, ce qui nous isole encore plus. L'isolement
est aujourd'hui plus répandu qu'autrefois. Et avec l'isolement
viendrait cette peur de disparaître. Du coup, les événements qui
risquent de menacer notre existence prennent des allures terrifiantes... La phobie de disparaître, comment on appelle ça?
© Steve Proulx, 2007

La dynamique de la peur est efficace. La menace nazi lors de le 2ieme guerre mondiale a consacré le pouvoir rassembleur de la peur. Vint ensuite celle des communistes, puis de nos jours la peur des terroristes. La prochaine en ligne? Celle du réchauffement global. Je la préfère à celle des terroristes. Entre deux maux...
Rédigé par: Guy Bermytal | le 17/03/2007 à 12:27