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14/08/2007

Les Québécois ont peur

Terrifie Astérix, Obélix et toute cette bande de Gaulois, c'est bien connu, ils n'ont peur que d'une chose: que le ciel leur tombe sur la tête.
Et pourtant, en l'an cinquante avant Jésus-Christ, dans une Gaule occupée par l'Empire romain, ils auraient eu plusieurs raisons d'avoir peur.
Or, ils ont choisi d'avoir peur de la chose la moins susceptible d'arriver.
Un peu comme nous, finalement.

Tenez, hier, la une du Journal de Montréal. Un gros titre: "Les Québécois ont peur". On apprend à l'intérieur que 54% des répondants à un sondage Léger Marketing affirment ne pas se sentir en sécurité lorsqu'ils circulent sous un pont ou sous un viaduc au Québec.

Je sais, deux viaducs sont tombés à Laval. Mais franchement, quelles sont les chances de mourir écrasé sous un viaduc? Une sur un million?

(En passant, la peur des ponts et des viaducs s'appelle la géphyrophobie. Ne me dites pas qu'on n'apprend rien sur le Blogue BRANCHEZ-VOUS!)

La peur des viaducs est exagérée. C'est la même chose pour les algues bleues. Ce matin dans La Presse, on nous apprend qu'il n'y aurait pas de quoi faire des cauchemars à cause des algues bleues.

François Avard, l'auteur des Bougon, a déjà écrit dans l'hebdomadaire ICI une chronique savoureuse sur les "peurs épaisses". Je le cite:

"[...] au lieu de titrer chaque jour avec ce qui devrait vraiment nous inquiéter, le Journal de Montréal nous distrait en multipliant les peurs épaisses. En fait, on est comme des automobilistes qui s'inquiètent de leur radio qui griche alors qu'on roule sans frein."

L'affaire avec la peur, c'est qu'elle fait vendre. Titrer "Les Québécois ont peur"à la une d'un journal, ça attire l'attention. Être honnête et titrer plutôt "Un peu plus de la moitié des Québécois ne se sentent pas en sécurité lorsqu'ils circulent sous un viaduc", ça ne fait rien vendre du tout.

La peur surprend, attire l'attention. Les médias autant que les politiciens savent l'exploiter à fond.

Et nous, les Gaulois, on se retrouve à avoir peur que le ciel nous tombe sur la tête, alors qu'il n'y a rien à craindre, que nous vivons à l'époque la moins dangereuse de l'histoire de l'humanité, au sein d'une des sociétés les plus sécuritaires du monde...

© Steve Proulx, 2007 - Texte original paru sur BRANCHEZ-VOUS!, 24 juillet 2007

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