Les Québécois ont peur
Astérix, Obélix et toute cette bande de Gaulois, c'est bien connu,
ils n'ont peur que d'une chose: que le ciel leur tombe sur la tête.
Et pourtant, en l'an cinquante avant Jésus-Christ, dans une Gaule
occupée par l'Empire romain, ils auraient eu plusieurs raisons d'avoir
peur.
Or, ils ont choisi d'avoir peur de la chose la moins susceptible d'arriver.
Un peu comme nous, finalement.
Tenez,
hier, la une du Journal de Montréal. Un gros titre: "Les Québécois ont
peur". On apprend à l'intérieur que 54% des répondants à un sondage
Léger Marketing affirment ne pas se sentir en sécurité lorsqu'ils
circulent sous un pont ou sous un viaduc au Québec. Je sais, deux viaducs sont tombés à Laval. Mais franchement, quelles
sont les chances de mourir écrasé sous un viaduc? Une sur un million? (En passant, la peur des ponts et des viaducs s'appelle la
géphyrophobie. Ne me dites pas qu'on n'apprend rien sur le Blogue
BRANCHEZ-VOUS!) La peur des viaducs est exagérée. C'est la même chose pour les algues bleues. Ce matin dans La Presse, on nous apprend qu'il n'y aurait pas de quoi faire des cauchemars à cause des algues bleues. François Avard, l'auteur des Bougon, a déjà écrit dans l'hebdomadaire ICI une chronique savoureuse sur les "peurs épaisses". Je le cite: "[...] au lieu de titrer chaque jour avec ce qui devrait
vraiment nous inquiéter, le Journal de Montréal nous distrait en
multipliant les peurs épaisses. En fait, on est comme des
automobilistes qui s'inquiètent de leur radio qui griche alors qu'on
roule sans frein." L'affaire avec la peur, c'est qu'elle fait vendre. Titrer "Les
Québécois ont peur"à la une d'un journal, ça attire l'attention. Être
honnête et titrer plutôt "Un peu plus de la moitié des Québécois ne se
sentent pas en sécurité lorsqu'ils circulent sous un viaduc", ça ne
fait rien vendre du tout. La peur surprend, attire l'attention. Les médias autant que les politiciens savent l'exploiter à fond. Et nous, les Gaulois, on se retrouve à avoir peur que le ciel nous
tombe sur la tête, alors qu'il n'y a rien à craindre, que nous vivons à
l'époque la moins dangereuse de l'histoire de l'humanité, au sein d'une
des sociétés les plus sécuritaires du monde... © Steve Proulx, 2007 - Texte original paru sur BRANCHEZ-VOUS!, 24 juillet 2007

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