L'île aux fesses
J'ai une
tranche de vie à raconter. C'est l'histoire d'un lac, d'un gardien de
but millionnaire et de l'île aux fesses. C'est l'histoire, surtout, de
quelques inégalités...
Il
y a dans la société des gens plus riches que d'autres. Et cette réalité
est encore plus frappante lorsqu'on se promène sur un lac. C'est ce que j'ai fait avec ma famille l'autre jour. À bord du
bateau de mon oncle, on a fait le tour du lac Brompton, en Estrie. Tout autour du lac, on trouve des chalets de gens riches et
célèbres. "Là, c'est la cabane de la propriétaire du gros RONA à
Sherbrooke", a dit mon père en pointant un château du doigt. Plus loin,
un manoir monstre. "Celui-là appartient à un boss d'Astral Média." Plus loin encore, un domaine où le garage pour le bateau est, à lui
seul, aussi chic que le chalet de mes rêves. "Ça, c'était le chalet de
Joseph-Armand Bombardier (l'inventeur de la motoneige)", a dit mon
oncle. À un certain moment, j'ai eu envie de me baigner. "Est-ce qu'on va à l'île aux fesses?", ai-je demandé. Tout le monde allait à l'île aux fesses avant. Un endroit idéal pour
faire trempette, parce que l'eau y est peu profonde et le fond du lac
est de sable doux. "On ne peut plus y aller, a dit mon oncle. Maintenant, l'île
appartient à Jocelyn Thibault. Et il a aussi acheté le fond du lac." Jocelyn Thibault, oui, le gardien de but des Sabres de Buffalo. Il
s'est fait construire un château lui aussi. Et pour être sûr d'avoir la
paix, il a aussi décidé d'empêcher tout le monde d'aller se baigner à
un endroit que tout le monde fréquentait depuis des décennies... Et mon père de lancer dans son franc-parler caractéristique : "La
plupart de ces gars-là n'ont même pas un Secondaire 3 et gagnent des
millions pour jouer au hockey. Pis en plus, ils viennent nous faire
chier sur notre lac!" Nous sommes tout de même passé devant l'île aux fesses. Jocelyn
Thibault n'y était pas. Dommage, j'avais un beau doigt d'honneur à lui
offrir. "Il n'y a jamais personne ici maintenant", a dit mon oncle. On n'a pas fait de vagues. On a passé notre chemin en se remémorant
les doux souvenirs d'une île aux fesses jadis grouillante d'estivants. Merci Jocelyn. En te souhaitant une belle saison de hockey... D'ailleurs, en passant, puisque tu ne veux pas nous voir à ton île
aux fesses, j'imagine que tu ne vois pas d'objection à ce qu'on n'aille
pas, non plus, te voir jouer au hockey? © Steve Proulx | 2007

Je suis une ancienne directrice d'école de Jean-Jacques Olier, à Mtl. J'avais des classes de "troubles d'apprentissages de de comportements". Ces jeunes étaient souvent des sportifs "naturels", sans discipline. Cela ne m'étonne pas d'en avoir revus au hockey ou au baseball professionnels! Avec des coachs sévères (ou eux-mêmes problématiques!!!).Je suis contente qu'ils réussissent, cela va de soi, mais la démesure sociale est criante. On se plaint que les médecins gagnent beaucoup; savez-vous que ma fille, neurologue, après 28 ans d'études, gagne, pour une visite de contrôle pour un épileptique 25$ pour trois quart d'heure, env.?
Le peuple veut du pain et des jeux, on le lui donne... et on perd l'ile aux Fesses, par ricochet.Sans doute l'aurait-on perdue de toute façon à un moment donné car cela fait si mâââlll de partager.
Rédigé par: Michèle Caya | le 01/06/2008 à 17:48