Si je devais résumer la dernière année médiatique en un mot, je choisirais celui-ci: boursouflure.
Une boursouflure, par définition, est une chose "gonflée de façon disgracieuse".
Or, on a bien boursouflé en 2007. Effet de la concurrence entre les médias, on a "spinné" la nouvelle, comme on dit dans le métier. On a fait beaucoup de millage avec peu de carburant.
Août 2004. 3000 fidèles de la station radiophonique de Québec CHOI FM
débarquaient à Ottawa. À coups de "Liberté, je crie ton nom", ils
venaient défendre le "droit" de Jeff Fillion de s'exprimer sur les
ondes.
L'événement a remis sur la table l'épineuse question de la liberté d'expression. Jusqu'où a-t-on le droit de dire n'importe quoi? Le CRTC doit-il censurer la radio-poubelle? Tous les avis ont été entendus.
Vous l'avez peut-être remarqué, Dove est parti en campagne.
Depuis deux ans, la grande marque de produits pour les soins du corps célèbre la femme ordinaire.
Ses publicités de lotions et de petites crèmes sont désormais comblées de femmes en sous-vêtements assumant pleinement leurs poignées d'amour, leurs fesses opulentes, leurs courbes généreuses.
Exit les Vénus anorexiques format Kate Moss! Pour Dove, la "vraie beauté", c'est Madame Tout-le-monde.
En 2000, on a redessiné la carte des médias québécois.
D'abord, le groupe de Conrad Black, Hollinger, cédait trois quotidiens (dont Le Soleil) à Gesca (filiale de Power Corporation, déjà proprio de quatre quotidiens, dont La Presse). Et dire qu'en 1973, le premier ministre Robert Bourassa, craignant une trop grande concentration de la presse, s'était personnellement opposé à la vente du quotidien de la vieille capitale à Power. En 2000, les temps avaient visiblement changé.

Londres a été correspondant de guerre en Grèce, en Serbie et ailleurs. Il a décrit les balbutiements du bolchevisme en URSS, est allé voir Gandhi en Inde. Mais son fait d'armes le plus notable est d'avoir décrit l'horreur du bagne de Guyane, ces prisons morbides où pourrissaient autrefois les criminels français. Oui, Albert Londres a porté plus souvent qu'à son tour "la plume dans la plaie".
Et il a fait des petits. Aujourd'hui, combien de correspondants à l'étranger suivent les traces d'Albert Londres? Chaque jour, ils portent leur plume, leur micro ou l'oeil de leur caméra dans les plaies béantes qui meurtrissent notre planète, dont la peau se cicatrise bien mal.
Marc Weingarten: The Gang That Wouldn't Write Straight: Wolfe, Thompson, Didion, Capote, and the New Journalism Revolution
L'histoire du nouveau journalisme. Trop inspirant. (***)
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